Épuisement maternel : en sortir sans tout révolutionner
C’est quoi le problème qui fait que tu t’épuises ?
Tu fais tout, pour tout le monde. Sauf pour toi. Le cadeau de fin d’année pour la maîtresse. Les affaires de piscine du grand. Les goûters équilibrés pour les enfants.
Et le soir, quand ils dorment enfin, quand la maison est rangée, tu fais face à ton partenaire, qui a, lui aussi, des attentes. Faire l’amour. Passer un moment à deux. Te raconter sa journée.
Quand, toi, tu n’as qu’une envie : être seule. Juste seule. Qu’on te foute la paix. Sans qu’on te touche, sans qu’on te demande quoi que ce soit.
Si tu te reconnais là-dedans, laisse-moi te dire une chose : tu n’as pas besoin de tout révolutionner dans ta vie. Tu as besoin d’un seul premier pas.
Un endroit où déposer, ne serait-ce qu’un heure, ce que tu portes seule depuis trop longtemps. Un endroit où prendre une grande et belle bouffée d’oxygène.
Un endroit où tu vas pouvoir sortir la tête du guidon et te ressourcer.
Et ne pas te dire « ça va passer ». Parce que l’épuisement maternel, ce n’est pas une blague. A terme, tu risques de te faire plus mal qu’autre chose. Oser parfois se dire qu’on est à bout et qu’on n’en peux plus, c’est s’autoriser à trouver des solutions.

Quand tu vas commencer à te libérer de l’épuisement, voici ce qu’il va se passer…
- Tu arrêtes de te faire passer en dernière. Tu vas commencer à dire non, à dire stop, à dire « je m’en vais ». Parce que tu comprends que ton épuisement est l’exact opposé de ce dont ta famille a besoin. Que la générosité commence par soi. Que le plus grand acte d’amour que tu puisses faire, c’est de t’occuper de toi.
- Tu lâches enfin l’impression de ne jamais en faire assez pour les enfants.
- Les petites douleurs qui traînent (le genou qui bloque, le mal de dos, le vagin sec et fermé) commencent à se dénouer. Parce qu’en prenant soin de toi, en te sentant à nouveau vivante dans ton corps, tu remets de l’énergie en circulation dans les endroits que tu avais mis en pause. Et surtout : tu te retrouves. Tu sais à nouveau qui tu es en dehors des sollicitations, de l’organisation, des timings ultra serrés. Pas « maman de », pas « conjointe de ». Toi.
Pourquoi c’est si difficile d’en arriver là, seule ?
Parce qu’on porte un vieil héritage culpabilisateur : être une bonne femme, c’est se sacrifier.
Tout donner aux autres.
Prendre soin de tout le monde sauf de soi.
Le schéma de la Mère Sacrificielle. Cécile Doherty-Bigara le décrit très bien dans Nouvelle mère : les fruits deviennent les fruits de l’enfant, les compotes, celles de l’enfant.
Toi-même, tu connais ce dilemme — si tu donnes la plus belle part à ta fille, tu te « défavorises ». Si tu prends la plus belle part, tu es une mauvaise mère. Une mère égoïste.
Toute mère porte ce poids. Jamais assez. Jamais assez présente, assez patiente, assez performante — au travail, dans le couple, avec les enfants.
Le mythe de la mère parfaite, à côté de laquelle on ne vaut jamais rien.
Quand Laurie est arrivée au cabinet, elle me disait “parfois j’ai envie de me barrer et de disparaitre” ou “j’ai l’impression qu’ils vont me tuer”.
Puis un jour, elle m’a dit “quand je viens vous voir, j’ai l’impression de partir en vacances”.
J’ai beaucoup de compassion pour elle parce que moi aussi j’ai été cette femme, cette maman qui porte tout et tout le monde, qui croyait qu’elle finirait par mourir d’épuisement, comme une vieille serpillière.